Mineurs Non Accompagnés


Mineurs Non Accompagnés : quelle place pour le psychologue ?

Arrivés sur le sol français après un parcours difficile, les jeunes migrants sont porteurs des espoirs que leur(s) parent(s) ont mis en eux. Ils se confrontent à une réalité loin de celle qu’on avait rêvé pour eux.

Camille Chalopin pointe le fait que pour être considéré comme un MNA, le/la jeune doit prouver son âge et son désir d’intégration alors même qu’il/elle n’a pas la possibilité de se former, d’avoir un emploi sans papiers qui viennent clarifier sa situation administrative.[1]

La relation qui lie l’éducateur au jeune accompagné vient souvent mettre ces éducateurs à une place de parent symbolique. Le substitut parental est alors imaginé comme moyen de combler les manques qu’éprouvent ces jeunes.[2]

Durant le confinement j’ai suivi Djilbré, son nom a été changé. Djilbré souhaite retrouver quelque chose de sa culture d’origine à travers la nourriture. Dans ce temps de contacts réduits avec d’éventuels autres migrants issus d’une culture proche de la sienne, c’est la nourriture qu’il retient comme marqueur culturel. Il pointe le fait que son éducateur référent serait responsable des difficultés d’accès à cette nourriture. On peut entendre l’angoisse qui vient se fixer sur l’unique lien stable que connaît le jeune depuis son arrivée dans la région.

Pour les MNA, l’ouverture d’un dialogue retraçant les enjeux familiaux dont ils sont porteurs représente un enjeu essentiel d’intégration. C’est ici que le psychologue peut trouver sa place. L’angoisse qui n’a pu se décharger par réaction à l’effroi éprouvé dans un arrachement d’une culture à une autre va chercher à s’exprimer dans la seule relation qui maintient le MNA dans un échange avec la société, celle avec son éducateur : l’éducateur comme contenant des angoisses éprouvées face au monde nouveau que rencontre le/la jeune.

Durant la période du confinement des échanges téléphoniques hebdomadaires entre le psychologue de la MDA et des jeunes MNA ont pu permettre de contenir quelque chose de l’angoisse qui venait se projeter dans la relation avec l’éducateur. En introduisant du tiers dans la relation éducateur-MNA, une prise de recul a permis au jeune d’identifier certains mouvements projectifs et de les analyser.

L’introduction, dès le départ de la prise en charge, d’un psychologue peut permettre d’éviter la cristallisation d’affects dans la relation éducateur-MNA. Le travail du psychologue peut nécessiter de se faire en présence d’un interprète afin de permettre une transmission avec des mots les plus proches du dialogue culturel originel.

Geoffroy Klimpel, psychologue clinicien


[1] Chalopin, Camille. « Les mna ou l’intégration sous haute contrainte », Revue de l'enfance et de l'adolescence, vol. 96, no. 2, 2017, pp. 233-243.

[2] Boutinaud, Jérôme. « Dans le sillage de l'exil : quelques aspects de la problématique psychique des adolescents étrangers isolés », Adolescence, vol. t. 31 3, no. 3, 2013, pp. 651-660.